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UNION...le plus heureux baiser

  a) Essai d'exégèse de la 4e Lettre: versets 24-33

        Nous voici parvenus au seuil d'un mystère: le mystère du Dieu vivant et de son alliance personnelle d'amour avec nous. La sainte Mère nous fait communier à son expérience par le langage inspiré de l'Évangile et du Cantique des cantiques, en passant par le lieu du "serviteur souffrant" suggéré ici par un verset des Lamentations, attribuées traditionnellement au prophète Jérémie (4L 25-26 = Lm 1,12; 3,20) : «O vous tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s’il est douleur comme ma douleur! Alors répondons d’une seule voix, d’un seul esprit, à celui qui crie et se lamente : Dans ma mémoire je me souviendrai et mon âme en moi se liquéfiera.»

        Nulle part dans les écrits de la sainte nous ne trouvons une telle densité de langage réunie comme en écho au symbole du MIROIR. Ce Miroir reflète en son entier ce que le Fils bien aimé est: «bienheureuse pauvreté, sainte humilité, ineffable charité» (v.18). Et ce «Miroir est posé sur le bois de la croix», le lieu d'où «il faut le considérer» (v.24). C'est là que le Fils manifeste le mieux la «charité ineffable» de Dieu pour nous. La vie de Claire et de ses soeurs s'écoule, «se liquéfie» en ce mystère sans cesse «remémoré» (v.26).

        L'ineffable charité du Fils de Dieu! La «vocation sainte» n'a d'autre but que de nous transformer en elle, «d'être embrasées sans cesse plus fortement de l'ardeur de cette charité» (v.27). La vérité de notre humanité et son devenir sont là.

        Ce point d'appui qu'est l'amour de Dieu manifesté par «la charité ineffable» de son Fils, devient l'ouverture essentielle pour accéder à un autre grand mystère d'alliance auquel Claire nous convie derrière ces mots d'appel: «De plus, contemplant et soupirant dans le désir et l'amour extrêmes de ton coeur, exclame-toi: Entraîne-moi derrière toi, nous courrons... » (4L 28-30).
Ce nouvel aspect du mystère de l’alliance que saint Paul décrit : «Celui qui s’unit au Seigneur devient un seul esprit avec lui» (1Co 6,17), Claire l’exprime par le “baiser le plus heureux” de l’union. Le Privilège de Pauvreté contenait déjà ce devenir par le lien du livre biblique du Cantique des cantiques.

Le Privilège de la Pauvreté en parallèle avec la 4e Lettre (vv. 30-32):

        Établissons d'abord ici un parallèle très suggestif entre les versets 30-32 de cette 4e Lettre, le Cantique 1,1-2,6 et le Privilège de la Pauvreté accordé deux fois à Claire et à ses soeurs en 1216 et 1228, privilège qui a inspiré sa Règle de 1253.

 

4e Lettre:

30: «Entraîne-moi derrière toi, nous courrons vers l'odeur de tes parfums, Époux céleste!
31: Je courrai, je ne défaillirai pas, jusqu'à ce que tu m'introduises dans le cellier à vin,

32: jusqu'à ce que ta gauche soit sous ma tête,
et que ta droite heureusement m'embrasse,que tu me baises du plus heureux baiser de ta bouche.»
 

Cantique des cantiques

1,4: Entraîne-moi sur tes
pas, courrons!

1,3: L'arôme de tes parfums
est exquis.

2,4: Il m'a mené au cellier.

2,6: Son bras gauche est
sous ma tête, (+ 8,3)

2,6: et sa droite m'étreint
(+8,3)

1,1: Qu'il me baise des baisers de sa bouche!

Privilège de Pauvreté

 

 

 

5: La gauche de l'Époux céleste est sous votre tête pour soutenir les infirmités de votre corps, que vous avez soumis à la loi de l'esprit par une charité ordonnée ...
6: ... jusqu'à ce que, passant au milieu de vous, il se serve
lui-même à vous dans l'éternité, c'est-à-dire, lorsque sa droite vous embrassera heureusement dans la plénitude de la vision.

         Le grand élan de ces versets de la 4e Lettre (v. 23-32) continue le mouvement vers Dieu déjà engagé dans la 3e Lettre, par le verbe "poser": «poser, fixer son esprit, son âme, son coeur, par la contemplation, et être transformée tout entière dans l'image de sa Divinité» (3L 12-13).
        Ici, dans ce passage de la 4e Lettre, nous retrouvons cet élan sous forme de désirs de plus en plus ardents de "demeurer" en Dieu, dans sa «charité ineffable» telle qu'elle est manifestée par Jésus: «miroir posé sur le bois de la croix» (v.23-24). Claire s'écrie: «Puisses-tu donc, ô reine du Roi céleste, être sans cesse plus fortement embrasée de l'ardeur de cette charité!» (v.27)

        Sur la croix: là s'exprime la charité du Christ. Et nous sommes «posées» avec le Christ sur cette croix par l'amour ineffable. Voilà le lieu même de notre contemplation: «Posée en cette contemplation, aie mémoire de nous...» (v.33).
écrira Claire, en vérité.

Voyons donc maintenant le sens profond où nous oriente l'expérience contemplative de Claire, sous le revêtement biblique du Cantique:

verset 29 : «Soupirant dans l'amour et le désir extrêmes de ton coeur, exclame-toi... »

        Cet extrait révèle la profondeur du désir de la petite pauvre d'Assise. On peut affirmer que Claire a progressé dans ce désir spirituel en trois grand mouvements vers Dieu:
        - lors du «bon commencement»: «le désir ardent de s'unir au Pauvre crucifié» (1L 13).
        - puis, le désir qui inspire du dedans la Règle qu'elle propose à ses soeurs: «Qu'elles désirent par-dessus tout posséder         l'Esprit du Seigneur et sa sainte opération, le priant d'un coeur pur...» (RCl 10,10).
        - Et enfin, ce désir d'amour extrême concentré ici dans le lieu du "coeur".

        Cette confidence du "soupir" du coeur est l'indice d'une impuissance intérieure très grande, d'une soif indicible, d'un appel existentiel. Le coeur reste suspendu, attiré, polarisé dans l'attente de la rencontre. Mais il peut avancer. Et pour réaliser cette avancée, l'épouse crie: «Exclame-toi!». Voyons de près la densité de ce cri vivant:

Verset 30 : «Entraîne-moi derrière toi,
                        nous courrons vers l'odeur de tes parfums, Époux céleste!»

        «Entraîne-moi derrière-toi...»: Aveu touchant d'incapacité ontologique à «suivre l'Agneau partout où il ira» (4L 3 = Ap 14,3-4). L'épouse ne peut, certes pas, suivre la course du Géant. Elle espère son soutien, sa force, la grâce des parfums qui vivifient, de ses vertus qui la porteront comme sur les ailes d'un Aigle: «Nous ne pouvons pas t'égaler dans ta course, - s'écrie saint Grégoire le Grand, dans son propre commentaire du Cantique - entraîne-nous, afin que soulevés par ton secours, nous puissions mettre nos pas dans tes pas. Car si tu nous entraînes, nous courrons aussi.»
        Vraiment l'Époux l'a dit: «Sans moi, vous ne pourrez rien faire» (Jn 15,5), et «Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi» (Jn 12,32). Cette dernière parole de Jésus éclaire le cri de l'épouse: «Entraîne-moi derrière-toi...», cri issu de sa contemplation de l'ineffable charité «posée comme un MIROIR sur le bois de la Croix» ( 4L 24).

        Il est beau de percevoir l'antinomie si suggestive à l'intérieur de ce cri de Claire:
Entraîne-moi >>> nous courrons. L'épouse ressent le soupir de l'amour et le besoin de l'aide de l'Époux, mais dès qu'elle a ressenti le parfum de sa vertu, son élan s'accroît: elle peut courir - avec ses compagnes, et l'Église entière à la suite de l'Agneau. Marcher ne suffit plus; elle veut courir. Le symbole du Miroir prend ici toute sa densité de provocation. L'épouse respire les parfums de l'Époux et, de ce fait, elle entraîne dans une course divine tous ceux qui la regarde en exemple, EN MIROIR, même à leur insu. Ce cri est "missionnaire", à l'égal de la constatation de Claire dans sa 3e Lettre: «Je t'estime auxiliaire de Dieu même, celle qui soulève (entraîne) les membres défaillants de son corps ineffable» (3L 8).

verset 31 : «Je courrai, je ne défaillirai pas,
                         jusqu'à ce que tu m'introduises dans le cellier à vin... »

        Première à aimer, première à courir à l'odeur des vertus du Christ, l'épouse ne veut pas défaillir en cette mission de l'amour, jusqu'à ce que l'Époux céleste «l'introduise» pleinement dans le mystère de sa «charité ineffable», celle qui a motivé sa Passion glorieuse et son Eucharistie qui la célèbre.

        L'odeur conduit au cellier à vin... Voilà ce lieu où l'épouse espère avoir accès. C'est le lieu de la plénitude du parfum de l'Époux, dit saint Bernard. Claire, en ce passage, écrit "je", au nom d'Agnès qu'elle veut entraîner au mystère de Dieu. L'épouse est ardente; elle est décidée à ne pas défaillir pour être introduite la première dans le «cellier à vin», sans oublier ses compagnes dont elle a sollicitude, si bien manifestée par Claire elle-même tout au long de cette 4e Lettre. Ce «cellier à vin» exprime pour la sainte le comble des richesses de Dieu: «indicibles délices, richesses, honneurs perpétuels» (v.28).

        Guillaume de St-Thierry, contemporain de saint Bernard, et donc de la tradition qui précède Claire, explique cette visée derrière ce symbole du "cellier à vin": «La case du vin est une espèce d'abri secret de lasagesse de Dieu; c'est l'état de l'âme pleinement attachée à Dieu. Seul le voile interposé de la condition mortelle la sépare du monde céleste; elle jouit cependant avec ce monde [de Dieu] d'une certaine communion assurée et familière, proportionnée à son progrès spirituel et au don de la grâce illuminante. C'est la plénitude de la charité qui est la cave au vin..., et le vin de cette cave, c'est la joie de l'Esprit Saint.»

        La 4e Lettre de la sainte s'éclaire davantage grâce à cette dernière assertion du bienheureux Guillaume. Souvenons-nous du cri précédent de Claire : «Écrivant à ta charité, j'exulte avec toi dans la joie de l'Esprit, ô épouse du Christ» (v.7). D'ailleurs cette lettre entière témoigne de l'action de ce "vin" de l'Esprit qui est feu embrasant tout. Le bienheureux Guillaume continue de nous le faire comprendre: «Dans cette cave au vin, rien d'autre que du vin. Tout ce qui entre là, tout ce qu'on y apporte, est ou devient du vin car le feu de l'amour de Dieu tire tout à soi, le dévore et, comme le feu naturel, le convertit en sa propre substance, puisque pour l'amant de Dieu, tout se tourne en bien.»
        Par deux fois, dans cette missive, la sainte évoque ce "feu" de l'Esprit qui l'anime: «L'incendie de la charité à ton égard brûle suavement les entrailles de ta mère...» (v.4); et: «Puisses-tu être fortement embraséede l'ardeur de cette charité!» (v.27), (ici, «l'ineffable charité du Fils de Dieu posé sur le bois de la croix») (versets 23-24).

Verset 32 :     «jusqu'à ce que ta gauche soit sous ma tête,
                        et que ta droite heureusement m'embrasse,
                        que tu me baises du plus heureux baiser de ta bouche.»

        «Les textes des mystiques ne sont pas que de beaux morceaux de littérature, -affirme le Père Raffaele Fassetta, o.c.s.o., - mais ils atteignent, par la puissance suggestive du symbole, d'authentiques réalités théologales.» Cette réflexion si juste pour notre propos, est mise en évidence en ce verset.

        L'interprétation de ce verset de la 4e Lettre rejoint une même réalité dans le passage parallèle du Privilège de pauvreté: «Le manque de bien ne vous détourne pas d'un propos de ce genre (requête-privilège pour ne pas recevoir de possessions terrestres), car la gauche de l'Époux céleste est sous votre tête pour soutenir les infirmités de votre corps que vous avez soumises à la loi de l'Esprit, par une charité ordonnée». Et le Privilège continue: «Pour sûr, Celui qui nourrit les oiseaux du ciel et revêt les lis des champs ne vous fera également pas défaut pour votre nourriture et votre vêtement.»

        La "gauche de l'Époux", c'est le soutien de la grâce divine, la "providence', de Jésus «qui pour nous, s'est fait le pauvre, la voie, la vérité» (PrivP 3) et nous donne aussi la même vocation de vie pauvre et humble. Ce "soutien" ne nous fera pas défaut durant notre vie terrestre: il nous prépare à recevoir ce "baiser" d'union, pour devenir un seul esprit avec l'Époux (v.32).
        Le Privilège continue de commenter la "droite de l'Époux”: «... jusqu'à ce que, passant au milieu de vous, il se serve lui-même à vous dans l'éternité, c'est-à-dire, lorsque sa droite vous embrassera heureusementdans la plénitude de la vision.» (v.6) Claire reprend presque les mêmes termes: «Et que ta droite heureusement m'embrasse...»

        Il semble, d'après le Privilège, que le soutien de la "gauche de l'Époux" est la réalité mystique, quotidienne, de la vie pauvre d'une clarisse, jusqu'à ce que pointe l'aurore de l'autre vie, celle de l'éternité: vie en profonde continuité avec sa vie présente:”gauche” et “droite” sont celles de l'Époux dans sa présence ineffable et indéfectible.

        Que signifie pour la sainte l'embrassement de l'Époux et «le plus heureux baiser de sa bouche»? Dans la tradition bernardine, le "baiser" de l'Époux revêt une si grande portée qu'il devient le symbole du don suprême de Dieu à l'humanité: «Heureux baiser, baiser admirable d'étonnante condescendance! Ici ce n'est pas une bouche qui se pose sur une autre bouche, mais Dieu lui-même qui s'unit à l'homme. Ici l'Alliance de deux natures joint l'humain au divin.»
        Auparavant, il avait dit ce qu'est ce "baiser": «Écoutez-moi bien. La bouche qui donne le baiser, c'est le Verbe assumant notre chair; la bouche qui reçoit le baiser, c'est cette chair assumée; mais le baiser, auquel celui qui le donne et celui qui le reçoit prennent une part égale, c'est la personne formée par l'union du Verbe et de la chair, le médiateur de Dieu et des hommes: Jésus, homme et Christ.»

        Ce premier rayon de lumière sur le mystère du "baiser" évoqué par Bernard de Clairvaux, rejoint étroitement les propos de Claire à ce sujet, dans sa première Lettre: «O pieuse pauvreté, que le Seigneur Jésus Christ qui régissait et régit le ciel et la terre, et qui dit et les choses furent faites, a daigné par-dessus tout embrasser!» (v.17). Ici, la «pieuse pauvreté» est pour Claire, synonyme de l'humanité, comme elle le suggère plus loin, dans la même lettre: «Un si grand et tel Seigneur, venant dans un ventre virginal, a voulu apparaître dans le monde méprisé, indigent, pauvre...» (v.19), - c'est à-dire, dans sa nudité d'être humain, «pour que les hommes qui étaient très pauvres et indigents, souffrant l'extrême indigence de nourriture céleste, deviennent EN LUI riches en possédant les royaumes célestes» (v.20).

        Le premier aspect du "baiser" du Verbe à l'humanité rejoint ici le mystère intérieur du Verbe en lui-même, lui qui assume notre humanité dans sa propre chair. Dans ce baiser, le Verbe devient le COMMENCEMENT parfait de notre humanité. «Il est le COMMENCEMENT», dira Paul (Col 1,17), et Jean de même, en son évangile (Jn 1,1). La transformation de notre être nous achemine en un nouveau commencement en Dieu. C'est le cri initial du livre du Cantique: «Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche!» (Ct 1,1).
        Claire répond, cette fois en s'adressant directement à l'Époux: «Que tu me baises du plus heureux baiser de ta bouche!» ... comme un sceau posé sur l'humilité de sa vie humaine et la transformant dans la plus parfaite union, l'union d'une nouvelle humanité éternelle, en Celui qui est seul Dieu, seul Amour, seul COMMENCEMENT de l'humanité véritable, notre vocation! En ce BAISER de l'Époux, Claire devient vraiment «femme nouvelle», dans sa réalité la plus ontologique (Bulle de can.).

        «Baiser divin, qui est à la fois, baiser de création, baiser de pardon et de réconciliation, baiser de divinisation et d'union.»

        Rappelons cependant une remarque importante que Bernard de Clairvaux présentait humblement à ses frères, en leur exposant le mystère de ce «baiser spirituel de Dieu»: «Seul celui qui a reçu de la bouche du Christ, ne fût-ce qu'une fois, le baiser spirituel, peut désirer vraiment ce qu'il connaît d'expérience et en souhaiter le renouvellement. Je suis convaincu qu'on ne sait de quoi il s'agit si on n'y a déjà goûté. Car c'est une manne très secrète, et pour en être affamé, il faut la connaître...».
        Mais pour ne pas intimider ses frères devant la grandeur de ce désir, le saint abbé leur confie: «Le dernier qui puisse prétendre à cette faveur, c'est celui dont l'âme ressemble à la mienne: une âme chargée de péchés, encore empêtrée dans les passions de sa chair, qui n'a jamais éprouvé les douceurs de la vie spirituelle, qui ignore les joies intérieures et n'en a point fait l'expérience. Et pourtant, à cette âme -là, je vais lui indiquer une place qui lui convient... Avec moi, elle se prosternera aux pieds de notre Seigneur... Prosterne-toi à ton tour, âme pitoyable! Prosterne-toi sur le sol, embrasse les pieds du Seigneur, apaise-le par tes baisers; inonde-le de larmes...»

        Ce dernier conseil nous remet en mémoire l'humble attitude de la sainte d'Assise elle-même lorsqu'elle prolongeait sa prière, tard le soir, après Complies. C'est là, peut-on penser, qu'elle a appris à baiser les pieds du Seigneur avant de recevoir de sa bouche «le plus heureux baiser»: «Très souvent, durant son oraison, elle se prosternait tout en pleurs, la face contre terre, prodiguant au sol ses baisers. On eût dit qu'elle voulait toujours tenir son Jésus entre ses bras, arroser ses pieds de larmes et les couvrir de baisers» (Vie 12,19).

        Dans une de ses notes pertinentes sur le Commentaire du Cantique du bienheureux Guillaume, Dom Déchanet explique: «L'Église, ou l'humanité, appelée à devenir l'Épouse du Verbe, nous est présentée comme le "type", l'image de l'âme fidèle; et l'Incarnation - suprême baiser de Dieu à la nature humaine - comme la source de l'union mystique, le prototype de tous les "mariages spirituels" qui, jusqu'à la fin des temps, seront conclus entre le Dieu vivant et les âmes fidèles à la grâce.»

        Entrons avec le bienheureux Guillaume dans l'intimité de ce mystère, où Claire maintenant, nous a conduites: «Le Christ-Époux offrit à l'Église son épouse comme un baiser du ciel lorsque, Verbe fait chair, il approcha de si près qu'il se fit son conjoint, conjoint si intime qu'il ne fit plus qu'un avec elle, Dieu devenu homme, homme devenu Dieu. C'est ce baiser-là qu'il offre à l'âme fidèle, son épouse et lui imprime. Il dépose en elle une joie personnelle et exclusive, et l'inonde de la grâce de son amour. Il tire à lui son esprit et lui infuse le sien, pour ne plus faire de l'un et de l'autre qu'un seul esprit.
        C'est au sujet de [ce baiser] que, dans sa prière pour les disciples, notre Seigneur disait à son Père: 'Père, je désire qu'eux aussi soient un en nous, comme toi et moi sommes un; que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et que moi aussi je sois en eux.' Qu'est-ce à dire? Celle qui a recu une part de la plénitude du Christ, désire maintenant cette plénitude elle-même, la plénitude de l'Esprit Saint, unité et dilection du Père et du Fils, et, en lui, la joie pleine que personne ne puisse ravir. Elle veut mourir et être avec le Christ.»

        Ce long passage cité éclaire singulièrement le propos de Claire dans sa 4e Lettre. Des versets 28 à 36, nous voyons se déployer une plénitude intérieure: «De plus... (v.28) jusqu'au «plus heureux baiser» (v.32). Et enfin, aux versets 35-36, l'exclamation du sommet:
        «Que dire de plus? Que dans la dilection de toi se taise la langue de la chair..., que parle la langue de l'esprit! 0 fille bénie, puisque la dilection que j'ai pour toi, la langue de la chair ne pourrait en aucune façon l'exprimer plus pleinement.»
        Cet aveu d'une amie, Agnès doit le «recevoir avec bienveillance et dévotion», car ici, Claire, dans sa «langue de chair» lui a traduit ce qu'elle lui «souhaitait»: «ce que l'on peut désirer de meilleur!» (3L 2). Paroles qui témoignent d'un sommet incandescent de lumière sur l'union à Dieu, mais Claire avertit humblement, elle l'a écrit «incomplètement», c'est-à-dire, comme une langue mortelle conduite par l'esprit peut le laisser entrevoir.

b) La beauté du Fils de Dieu

        Par la réalité mystérieuse du baiser de Dieu la "toute pauvre Mère" a dessillé nos yeux intérieurs pour que nous puissions nous émerveiller avec Agnès en «contemplant les indicibles délices [de l'Époux céleste], ses richesses et ses honneurs perpétuels.» (4L 28) Ici intervient le langage apophatique de l'amour, le seul qui soutient le dire de la pauvre conscience humaine à l'approche et à l'envahissement de l'amour de Dieu en l'âme qui aime.

        Que dire de l'Époux? IL EST BEAU! Une seule occupation entretient les saints, les anges et les bienheureux de la Jérusalem céleste: «Ils admirent sans cesse sa BEAUTÉ» (4L 10). Une seule fascination réjouit le cosmos entier: «Le soleil et la lune admirent sa BEAUTÉ!» (3L 16).

        Dès le début de sa vie pour Dieu, Agnès de Prague s'est vu interpeller par la petite pauvre d'Assise qui lui enseignait le mystère de Dieu par la comparaison avec les réalités de ce monde. L'adverbe superlatif "plus" revient souvent sous la plume de Claire et oriente dès lors sa disciple vers le mystère qui dépasse notre attente: «Sa puissance est plus forte, sa générosité plus élevée, son aspect plus beau, son amour plus suave, et toute sa grâce plus exquise» (1L 9). Le "plus" laisse entrevoir une plénitude de BEAUTÉ, mais quelle beauté! Celle du seul véritable Époux de l'âme humaine, l'Époux qui nous a aimés et sauvés, en nous prévenant d'un amour unique, invraisemblable. Le mystère de sa beauté nous a surtout été manifesté par sa Passion: «Très noble reine, regarde, considère, contemple, désirant imiter ton Époux, LE PLUS BEAU des fils des hommes qui, pour ton salut, s'est fait LE PLUS VIL des hommes» (2L 20). En l'imitant, nous participons à sa beauté: «Vois que pour toi il s'est fait méprisable et suis-le, te faisant pour lui méprisable en ce monde» (2L 19).

        Pour nous conduire au seuil de ce mystère de la BEAUTÉ DU FILS DE DIEU, la sainte utilise deux langages appropriés: celui de la négation et celui du symbole. Elle n'avait d'ailleurs pas d'autre alternative, car les réalités surnaturelles, les "trésors" du monde de Dieu ne se précisent ni ne se décrivent. On peut seulement les signifier par le langage de l'impuissance (le non-dire) ou le langage de la suggestion (l'image). Voyons ces deux expressions dans le langage spirituel de Claire:

        1) Le langage apophatique (de l'impuissance) pour dire Dieu:

        «Par cette expression on entend ordinairement le fait que notre expérience (connaissance) de Dieu s'exprime avec plus d'exactitude lorsqu'elle se sert de paroles qui signifient des négations (infini, incompréhensible... etc.) que lorsqu'on se sert d'affirmation.»

        Claire recourt d'une façon particulière à ce vocabulaire mystique surtout dans ses 3e et 4e lettre, avec les adjectifs : incomparable, ineffable, indicible, à propos:

        - du trésor: «Le trésor incomparable caché dans le champ du monde et des coeurs humains...» (3L 7). Rien ne peut être comparé en ce monde à ce trésor de notre être ouvert à Dieu. L'expression "incomparable" oriente l'esprit et la conscience vers un au-delà de sa compréhension naturelle, pour entrer dans le relais de la foi: «par la force de ta foi» (3L 7).

        - du "corps du Christ": «Tu soulèves les membres défaillants de son corps ineffable» (3L 7). L'adjectif "ineffable" se traduit: "qui ne peut se dire". Le «corps ineffable» exprime la réalité du monde de Dieu dans ses membres les plus faibles. Là aussi, et plus qu'ailleurs même, transparaît la BEAUTÉ DE L'ÉPOUX.
        Claire emploie le même terme pour qualifier la charité du Christ: «Contemple l'ineffable charité par laquelle il a voulu souffrir» (4L 23). Cette charité de Dieu qui "ne peut se dire"..., tellement elle dépasse notre jugement et nos catégories.
        - des joies de Dieu: «contemplant ses indicibles délices» (4L 28). Les joies de Dieu "ne peuvent se dire" ici-bas, mais elles peuvent être contemplées dans la foi. C'est le paradoxe où l'amour de Dieu nous entraîne, nous faisant pressentir la BEAUTÉ de l'Aimé, elle qui nous suffira amplement durant l'éternité bienheureuse.

        Aux quatre niveaux de notre existence créée, Claire nous invite à "voir" et à "comprendre" dans la foi ce qui ne peut être vu ni compris ici-bas. Le mystère de l'au-delà se vit mieux et plus parfaitement dans notre foi obscure, notre confiance profondément enracinée dans la promesse de Dieu.
Ces quatre niveaux sont:
- celui de l'être "fait pour Dieu", vocation de l'humanité, de chaque coeur humain:
trésor incomparable, mais caché en nous,
- celui de notre "corps ecclésial" où mutuellement nous nous aidons à réaliser cette vocation : le "corps ineffable",
- celui de la charité de l'Époux qui nous vaut ce salut et cette destinée: "charité ineffable",
- celui de la bienheureuse éternité, où cette vocation divine de l'humanité sera pleinement réalisée dans le Christ Époux: "les indicibles délices".

2) Le langage symbolique de Claire.

        Ce précédent langage du "plus", de l'indicible, de l'ineffable, de l'incomparable, aboutit chez la sainte à l'emploi de symboles plus simples et par là, plus aptes à signifier la réalité simple de Dieu: le trésor, le baiser, le parfum, le coeur, la course, la lumière, le miroir, le pèlerinage, la plante, le vêtement, le chemin, le corps... Tous ces symboles sont bibliques: ils relèvent de l'Évangile et des Lettres du Nouveau Testament:

Évangile                                                                              Lettres de Paul

Mt 6.21; 12,35; 13.44                     > le trésor                     2Cor 4,7
Lc 7,38                                            > le parfum                   2Co 2,14: Ph 4,18
Mt 5,8; 6,21                                     > le coeur                     2Co 1,22; 4,6; 7,3
Mt 28,8                                            > la course                    Ph 3,14
Jn 1.4-5; 12,36.46                            > la lumière                   2Co 4,6: Ep 5,0

        On constate que Jésus lui-même et ses apôtres ne pouvaient faire appel qu’au langage universel des symboles pour nous faire accéder au mystère du Dieu Très Haut. La vie de Jésus elle-même est sacrement-symbole, par son humanité, du monde divin. Les sacrements de l'Église et sa Liturgie n'existent que par ce langage d'un transfert de ce monde à l'autre, par le moyen du symbole. «L'élément fondamental du mouvement symbolique est la présence d'un dynamisme vital qui porte la conscience à passer d'un niveau de vie à l'autre.» En ce sens, la Bible exprime une mentalité foncièrement symbolique. «Le christianisme, la tradition judéo-chrétienne, se caractérise par le fait que l'histoire concrète manifeste un sens spirituel, puis qu'elle est le déploiement d'un dessein de Dieu lisible à travers les divers sens de l'Écriture.»

        Par rapport à la vie spirituelle, le même auteur nous explique: «Le sens essentiel du langage symbolique est de dévoiler la signification profonde de la vie humaine et fonder les rapports que la personne humaine doit entretenir avec la création et le monde divin qui lui donne sens.»

        Le symbole, sans percer le voile qui cache Dieu, oriente et préfigure la démarche spirituelle. Quand le langage descriptif défaille devant le mystère du Dieu vivant, c'est à ce langage symbolique qu'on a recourt, comme Claire a su si sagement y puiser. En cela, elle était de son époque, contemporaine de ce Moyen-Age qui baignait comme naturellement dans l'univers symbolique.

Essai d’identification des symboles qui guident la pensée de Claire

        L'univers symbolique de Claire veut établir des rapports privilégiés avec Dieu. Essayons de comprendre un peu l'orientation des images qu'elle aime nous suggérer:

        a)         La position debout: le haut

        Cette position signifie la force, le pouvoir, l'exaltation, la hauteur. Elle est associée à la recherche de la lumière, de la clarté, de la distinction. Cette position sous-tend un engagement important et symbolise l'ascension, la lutte virile, et aussi la lucidité, la rectitude morale.

        Chez Claire, le symbole par lequel elle se caractérise elle-même : «petite plante de saint François», et sa communauté: «nous, sa petite plante... » (RCl 1,3; Test 49), rejoint ce sens de la position debout, vers le haut, et révèle son aspiration aux réalités célestes, éternelles, à la lumière. Mais ce symbole de la "plante" évite le danger d'une division interne, du détachement de la réalité commune. En fait, "la plante" s'élève vers Dieu dans un mouvement de croissance continue, mais elle est reliée à la "terre" nourricière: "l'humus", l'humilité, la simplicité de cette vie présente qui se transforme à la lumière du Christ pauvre et humble, lui la véritable splendeur de la divinité. Terre et ciel sont réconciliés en ce symbole de la "petite plante"; ils participent déjà à ce mystère insondable de l'Incarnation, du Verbe épousant l'humanité dans sa pauvreté, et la fécondant.

        b)         l'intériorité: la profondeur

        En contraste avec la première famille du monde symbolique, nous trouvons les symboles du réflexe d'absorption et de nutrition: à l'effort actif, s'oppose l'attitude de passivité, de tranquillité, dans la position corporelle repliée du repos. Ce cycle d'images symbolise l'aspiration à l'unité intérieure, à la paix profonde.

        Nous devinons ce sens symbolique de l'intériorité dans l'image du "trésor caché": «Je te vois embrasser... le trésor caché dans le champ du monde et des coeurs humains» (3L 7).

        L'image du "coeur" qui revient souvent dans ses écrits, veut signifier ce lieu de la mémoire, de l'amour, de l'affection fraternelle (la 4e Lettre en entier).

        En ce sens, "le baiser", "les embrassements" font partie des images de l'intériorité chez Claire, symboles interpersonnels d'une intériorité très riche qui rend à chaque personne sa dignité d'être humain destiné à s'unir au plus profond d'elle-même au mystère de l'intimité de Dieu même: «Tu goûteras la douceur cachée que Dieu réserve à ceux qui l'aiment» (3L 14).

        c)         Le chemin: l'horizontal. Symbole fondamental de la vie spirituelle

        Ce symbole «exprime la nécessité intrinsèque de la condition humaine d'être en marche vers la maturité, vers une vie nouvelle.» Ce symbole valorise tout particulièrement l'histoire humaine, et c'est le progrès qui donne sens à cette histoire. Toute la révélation chrétienne privilégie ce symbole du "chemin": comme l'Exode, la Pâque du Christ, l'histoire de l'Église, et encore la vie spirituelle qui se déploie en suivant son propre itinéraire à la suite du Christ.

        Claire s'adapte bien à ce symbole et le privilégie dans ses écrits, en particulier son Testament. Elle complète ce symbole du chemin par ceux de la "course" et du "pèlerinage".

        d)         Le cycle

        En contraste avec le "chemin", apparaît le symbole cyclique. Son sens est profond: il exprime la tentative de dominer et d'apprivoiser le tragique du temps et du devenir, grâce à la répétition de phases successives. Le cycle est en situation de dialogue. Le rythme du cycle exprime la transformation du vivant qui croît en passant par des phases alternées: son progrès est linéaire, mais implique un retour cyclique à l'origine et un renouvellement incessant qui passe par de nouveaux commencements.

        En ce sens, le symbole du "miroir" caractérise et équilibre la vision spirituelle de Claire d'Assise. Le symbole du revêtement aussi. Le rythme cyclique s'accomplit chaque jour:
       «Ce miroir, regarde-le chaque jour!... Mire sans cesse en lui ta face pour ainsi, tout entière, intérieurement et extérieurement, te parer, drapée et enveloppée dans des étoffes variées, parée également des fleurs et des vêtements de toutes les vertus, comme il convient, fille et épouse très chère du souverain Roi» (4L 15-17).
        Ce «chaque jour» établit un processus de dialogue entre le MIROIR (le Christ) et L'ÉPOUSE qui ne cesse de se parer de Lui et de se transformer en Lui.

                                                       

        Ces quatre mouvements symboliques équilibrent normalement sa spiritualité. Celle de Claire d'Assise, comme je viens de l'évoquer, nous signifie, même dans cet aperçu rapide, la densité et la complémentarité des images. La “plante” cependant unifie ces symboles. À la manière d'un corps en croissance, d'une spirale s'élargissant en montant: de commencement en accroissement, de perfection en transformation, union.
«Le mouvement contemplatif, comme celui de la créativité, suppose une certaine harmonie avec l'expression symbolique, à cause justement des dispositions subjectives que la transformation de la conscience spirituelle a suscitées. /... / D'ailleurs, l'activité symbolique est le signe d'une unité [de la conscience] déjà effective. En effet, la personne spirituelle arrivée à la maturité, devient capable de considérer son rapport avec l'univers de la nature et des autres personnes, à travers son rapport avec Dieu. Sa sensibilité s'oriente vers la vie spirituelle, et de ce fait, se spiritualise.» 17

        Le lieu privilégié chrétien de l'expérience symbolique demeure le "goût de l'Écriture" que favorisent la Liturgie quotidienne et la prière contemplative. L'Évangile, le livre des psaumes, le Cantique des cantiques invitent à s'asseoir pour longuement se laisser pénétrer par la Parole chargée de "signes". Le regard chrétien se concentre de plus en plus sur le CHRIST qui, du fait de son Incarnation, intègre en lui seul tous les symboles et les signes,.

        Claire a compris d'une façon exceptionnelle le signe privilégié de la Liturgie chrétienne qu'elle prolongeait en contemplation. Venant de la Liturgie, le signe de la Croix est le signe par excellence qui caractérise sa piété et son intercession pour tout prochain. Il n'est que de relire chaque témoignage du procès de canonisation pour découvrir avec quelle fréquence la sainte emploie ce signe dans le cours de ses journées. Signe habituel de sa prière pour ses soeurs, de son charisme de guérison, le signe de la Croix exprime sa Liturgie intérieure et sa profonde assimilation des mystères chrétiens. Le signe de la Croix devient pour elle signe de bénédiction, transmission de la bénédiction du Père, participation à sa paternité: «Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Que le Seigneur vous bénisse et vous garde» (Bén 1).

        D'autres signes, inspirés de la Liturgie, sont utilisés par elle. Parmi ceux-ci mentionnons la cendre. François aussi savait recourir à ce signe de pénitence, celui de la liturgie du Mercredi des Cendres. Claire, lors des prières communautaires de supplication, ne craint pas d'y recourir et de le suggérer à toutes ses soeurs: «Elle les fit appeler, puis elle manda de quérir de la cendre et en couvrit toute sa tête. Ensuite, elle posa elle-même la cendre sur la tête de toutes les soeurs, et leur recommanda de se jeter en oraison, afin que Dieu délivre la cité...» (Pr III,19; IX,3).

        Vient aussi l'eau bénite «qu'elle se fait donner à elle-même et à toutes ses soeurs après manger et après Complies.» C'est la conséquence d'une vive conscience et d'une très grande joie personnelle qu'elle éprouve lors d'une Liturgie, durant le Temps pascal. Cette eau bénite est "signe liturgique" de la naissance de l'Église et du baptême chrétien: «Sans cesse et en tout lieu, - enseigne-t-elle à ses soeurs - vous devez garder souvenance de cette eau sainte, laquelle sortit du côté droit de notre Seigneur Jésus Christ pendant à la Croix» (Pr XIV,7).

        Dans le symbole, tant personnel que liturgique, se réalise la dimension universelle de la vie intérieure, telle que l'évoquait l'apôtre Paul: «Que le Père daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l'être intérieur; qu'il fasse habiter le Christ en vos coeurs par la foi. Enracinés et fondés dans l'amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur..., et de connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu'à recevoir toute la plénitude de Dieu» (Ép 3,16-19).

4)         MARIE et L'ÊTRE-FEMME
                            dans le cheminement spirituel de Claire d'Assise.

        Dix ans avant les fêtes du 8ième Centenaire commémorant la naissance de Claire d'Assise, le Pape Jean-Paul II, dans un discours improvisé lors de son passage au protomonastère d'Assise, a voulu exprimer par un bref profil, ce qui lui semblait être le cheminement spirituel de François conjointement à celui de Claire. Il parlait ainsi: «Dans la vivante tradition de l'Église, du christianisme, de l'humanité.. il ne reste pas seulement le récit de leur vie (François et Claire). Il reste la manière dont François voyait sa soeur; la manière dont lui-même épousa le Christ; comment il se voyait lui-même à l'image de Claire, épouse mystique du Christ, et comment il façonnait à cette image sa propre sainteté. Il se voyait lui-même comme un frère, un 'Poverello' à l'image de la sainteté de cette authentique épouse du Christ. En elle, il découvrait l'image de la parfaite épouse de l'Esprit-Saint, Marie, la très sainte. Ce n'est pas seulement une histoire humaine: c'est une "histoire divine", qu'il nous faut contempler dans la lumière de Dieu, dans la prière.»

        "FEMME NOUVELLE", la "soeur chrétienne": telle a été Claire pour François, au départ du charisme franciscain donné par l'Esprit-Saint à l'Église. Cette "soeur chrétienne" évoquait éminemment aux yeux du Petit Pauvre d'Assise la Vierge Marie. François fait naturellement cette comparaison dans deux écrits complémentaires: une prière qu'il adresse à Marie, et un petit écrit qu'il remet comme formule de vie aux premières pauvres dames. Méditons ce parallèle:

«Sainte Vierge Marie,
il n'est pas né dans le monde
de semblable à toi parmi les femmes,
fille et servante du Roi très-haut et souverain,
le Père céleste, mère de notre très saint
Seigneur Jésus Christ, épouse du Saint-Esprit...»
«Par inspiration divine,
vous vous êtes faites
filles et servantes du Très-haut et souverain Roi,
le Père céleste, et vous avez épousé l'Esprit Saint,
en choisissant de vivre selon la perfection du saint Évangile...»

        La vie de Claire, petite plante de François, est donc dès le départ, informée (formée du dedans - "in") par l'exemple de Marie, fille et servante du Père, épouse de l'Esprit-Saint, parce qu'elle a choisi de vivre selon la perfection du Fils (l'Évangile), dont elle veut reproduire en elle le saint mystère.

        «Claire et ses soeurs, - nous écrivait encore Jean-Paul II, à l'occasion de l'ouverture du 8e Centenaire de la naissance de sainte Claire, (11 août 1993) - Claire et ses soeurs sont appelées épouses de l'Esprit-Saint": terme inusité dans l'histoire de l'Église, où la soeur, la religieuse est toujours qualifiée "d'épouse du Christ". Mais on retrouve là certains termes du récit de l'Annonciation (cf. Lc 1,26-28) qui deviennent des paroles-clefs pour exprimer l'expérience de Claire: le "Très-Haut", "l'Esprit-Saint", le "Fils de Dieu", la "servante du Seigneur" et enfin cet "ensevelissement" qu'est pour Claire la prise du voile... au pied de l'autel de la Vierge Marie, dans la Portioncule.»

        Et le Pape ajoute, pour expliquer le sens donné à l'expression "épouse de l'Esprit-Saint": «L'opération de l'Esprit du Seigneur qui nous est donné dans le baptême, est de créer chez le chrétien le visage du Fils de Dieu. Dans la solitude et dans le silence que Claire choisit comme forme de vie pour elle et pour ses compagnes, entre les pauvres murs de son monastère,... la communion avec Dieu devient réalité: amour qui naît et qui se donne.» 19

        Comme conclusion au long périple de cette réflexion sur le cheminement spirituel chrétien à l'école de Claire d'Assise, évoquons trois aspects complémentaires qui dominent, l'itinéraire de la sainte d'Assise:

A)         Le mystère de la vie de Marie qui in-forme celle de Claire et de ses soeurs.
B)         L'intensité de son être-femme
C)         La vérité et la splendeur de notre vocation humano-divine.

                                                                   

A)         MARIE et CLAIRE

        Revenons et poursuivons le parallèle qui fait l'admiration du Pape Jean-Paul II: «Ainsi, écrit-il, l'itinéraire contemplatif de Claire qui se conclura par la vision du "Roi de gloire", commence précisément lorsqu'elle se remet totalement à l'Esprit du Seigneur, à la manière de Marie, lors de l'Annonciation: c'est-à-dire, qu'il commence par cet esprit de pauvreté (Lc 1,48) qui ne laisse plus rien en elle si ce n'est la simplicité du regard fixé sur Dieu. Pour Claire, la pauvreté est la richesse de l'âme qui, dépouillée de ses propres biens, s'ouvre à "l'Esprit du Seigneur et à sa sainte opération" comme une vasque vide où Dieu peut verser l'abondance de ses dons.»

        La vie de Marie, sa vocation maternelle et pauvre, forme la vie de Claire et celle de ses soeurs et, de même, leur forme de vie en découle. Voyons ces conséquences :
        1)         La vie de Claire et celle de Marie
        2)         La forme de vie des Soeurs Pauvres et l'Évangile vécu par Marie

1) La vie de Claire et celle de Marie

        Ce n'est que d'une façon globale que nous pouvons effectuer ce rapprochement, car Dieu n'habite jamais de la même manière dans chacune des créatures qu'Il crée à son Image. Marie est et demeure la "pleine de grâce", l'unique créature que le Père a préférée entre toutes, comme aime le constater François: «Il n'est pas né dans le monde de femme semblable à toi.» 20
        Et pourtant, le petit Pauvre lui-même met maintes fois en parallèle la vie de Claire et de ses soeurs. Ainsi, entre autres, ce cantique-testament qu'il leur adressait et où il leur promet précisément: «Chacune sera reine au ciel, couronnée avec la Vierge Marie.»

        Dans cette même perspective, englobant la vie de Claire, le biographe primitif se plaît à établir le parallèle Christ-François, Marie-Claire. Celano conclue la préface de la Vita: «Si les hommes doivent imiter ceux de leur sexe qui, tout récemment se sont mis à l'école du Verbe incarné, que les femmes, de leur côté, marchent donc sur les traces de Claire, elle-même imitatrice de la Mère de Dieu et que Dieu a donnée récemment pour modèle à toutes les femmes.» 22

        Était-il inspiré en cela par les propres compagnes de la sainte? Sans doute, car lui-même assure les avoir consultées de vive voix: «Je suis allé trouver les compagnons du bx François et aussi la communauté des Soeurs...; ce sont donc de tels témoins, disciples de la vérité et remplis de la crainte du Seigneur, qui ont complété mon information», écrit-il encore dans cette préface.

        Or, les soeurs, témoins au Procès de canonisation, n'hésitent pas à rapprocher souvent la figure de Claire de celle de Marie. Ainsi, soeur Christine: «La perfection et la sainteté de vie de madame Claire furent telles qu'elle se sentait totalement incapable de les expliquer. La bienheureuse Mère était pleine de vertus, de grâces et de saintes actions. Et tout ce qu'on peut dire de la sainteté d'une femme, après la Vierge Marie,tout cela pouvait être dit de Claire en toute vérité» (Pr V,2).
        Soeur Balvina, nièce de Claire, reprend à sa manière la même conclusion: «Elle avait la conviction que, depuis la Vierge Marie jusqu'à nous, aucune femme n'a eu plus de mérite que madame Claire» (Pr VII,12).
        Benvenuta ajoute encore: «De sainteté, madame Claire ne pouvait en posséder davantage. Et elle avait la conviction que, depuis notre Madone, la bienheureuse Vierge Marie, jusqu'à nos jours, il n'y eut pas une femme plus élevée en vertus que madame sainte Claire» (Pr XI,5).

        La conclusion du Procès résume plus fortement l'opinion commune des compagnes de Claire à ce sujet: «Madame soeur Benedetta, alors abbesse, et les autres soeurs du monastère déclarèrent unanimement... que tout le bien qui peut se dire des plus saintes femmes après la Vierge Marie, peut vraiment être dit et affirmé de madame Claire: cela découle de toute sa vie où on peut en trouver la preuve.» 23

        Cette "preuve qui découle" de la vie de Claire et la rend si proche de Marie, s'aperçoit en plusieurs traits:
        - celle de qui l'Enfant s'approche avec familiarité,
        - celle qui compatit aux douleurs de la Passion et se tient près du Pauvre crucifié,
        - celle que Marie elle-même revêt de gloire et d'éternité.

- Claire, icône de Marie dans le mystère de l'Incarnation:

        La petitesse et la pauvreté de vie que Claire a désirée pour elle et ses soeurs l'a rapprochée des doux événements de Bethléem et de Nazareth où elles deviennent contemporaines de ce mystère d'intimité entre le Fils qui «croît en sagesse et en grâce», et sa mère, témoin émerveillée et participante de cette familiarité.24

        Soeur Françoise raconte, partageant avec Claire, la joie de cette vision: «Une fois, un premier mai elle aperçut, sur les genoux de madame Claire, devant sa poitrine, un très bel enfant, dont la beauté ne pourrait se décrire; à sa seule vue, le témoin ressentait une inexprimable douceur et suavité. Et elle est convaincue que cet Enfant ne pouvait être que le Fils de Dieu» (Pr XI,4).
        Ici, vient d'apparaître la simplicité de l'enfance de Jésus qui réjouit la vue et le coeur de Claire et de ses soeurs, car Françoise voit pour les autres. Ce mystère, elles le vivent quotidiennement, comme la Vierge de Nazareth. Un autre symbole s'ajoute encore et accompagne la même vision: Claire apparaît comme investie de l'Esprit de sainteté: «Elle vit alors, au-dessus de la tête de madame Claire deux ailes resplendissantes comme le soleil, lesquelles tantôt se levaient, tantôt recouvraient la tête» (Pr XI,4).
        Ce symbole des "ailes lumineuses" rejoint les grandes visions de l'Apocalypse et d'Ézéchiel (Ap 4; Ez 1), où des êtres saints entourant la Déité sont munis d'ailes comme signe de leur être spirituel, silencieux témoins de l'indicible sainteté de Dieu. Ainsi Claire, sa pensée demeure dans le ciel, adorant sans cesse son Dieu, mais redescend, toujours présente, familière de l'humilité de l'incarnation du Fils.

        En complément de cette vision, soeur Agnès rapporte un autre fait semblable dans la vie de Claire, comme preuve, cette fois, du plaisir singulier que Claire prenait à écouter la Parole de Dieu: «Un jour, pendant que prêchait frère Philippe, le témoin vit aux côtés de madame Claire, un très bel Enfant qui lui paraissait avoir dans les trois ans. Et comme le témoin priait Dieu en son coeur que ce ne fût pas là un piège, il lui fut répondu en son coeur par les paroles: "Je suis au milieu d'eux"» (Pr X,8).
        Ici, l'Enfant se tient "aux côtés de madame Claire", plus exactement, en centre de la communauté qui écoute la Parole de Dieu transmise par le prédicateur. La suite du récit nous renseigne: «Combien de temps l'Enfant demeura-t-il là? Le témoin répondit: "pendant une grande partie de la prédication". Et elle ajouta qu'il lui semblait voir alors autour de la mère sainte Claire une admirable splendeur, comme un rayonnement lumineux d'étoiles. À cette apparition, elle avait éprouvé une douceur inexprimable. Après cela, elle vit une autre lumière, toute rouge, et qui semblait jeter des étincelles de feu; cette lumière enveloppait toute la sainte et couvrait toute sa tête. Le témoin se demandait ce que cela pouvait bien être. Il lui fut répondu, en son esprit, : "Spiritus sanctus superveniet in te" (L’Esprit Saint viendra sur toi) Lc 1,35)» (Pr X,8).

Plusieurs aspects sont à souligner dans la présentation et le symbolisme de ces deux visions:

        - Claire apparaît, aux yeux de ses soeurs, comme investie de l'Esprit divin, comme Marie, à l'Annonciation.

        - l'Enfant, tantôt près de sa poitrine, tantôt à ses côtés, se fait comme son enfant, et même celui de cette communauté     réunie en son Nom: «Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux» (Mt 18,20), c'est               justement la parole qui confirme Agnès de la vérité de ce qu'elle voit.

        - Dans les deux récits, les compagnes de Claire retiennent les effets de leur vision: elles sont réconfortées par «une inexprimable douceur et suavité», signe du passage de l'Esprit de Dieu.
        - Soeur Agnès ajoute par deux fois: elle a ouï l'explication de Dieu non par des paroles humaines mais «en son coeur» et «en son esprit». Cette vision lui a communiqué une grâce d'intériorité illustrant l'enseignement de Claire, cet enseignement que nous avons entendu surtout dans les lettres à Agnès de Prague.

        Il est intéressant de constater la date de la 2e vision. Soeur Agnès nous situe: «Il y a de cela 21 ans». Soustrayons de 1253, date du Procès, et nous sommes en 1232, un peu avant que Claire, âgée alors de 39 ans, rédige sa première lettre à Agnès de Prague, en 1234. Dès cette première lettre, ainsi que dans les suivantes, Claire actualise pour sa correspondante ses relations évangéliques "d'épouse, mère et soeur de notre Seigneur Jésus Christ”. (1L 12.24)

        Un autre fait, survenu à la fin de la vie de Claire, témoigne encore de cette relation maternelle envers l'Enfant-Dieu, comme Marie. Mais, cette fois, liée à l'Eucharistie. Le fait s'est produit, selon soeur Françoise, 3 ans avant la mort de la sainte, donc en novembre 1250, le matin après la messe: «Les soeurs, ayant cru leur bienheureuse Mère proche de la mort, le prêtre lui apporta la sainte communion du corps de Notre Seigneur Jésus Christ. Alors le témoin vit au-dessus de la tête de la mère sainte Claire une splendide lumière, et il lui sembla que le Corps du Seigneur était un très bel Enfant. La Mère le reçut avec beaucoup de dévotion et en pleurant, puis elle dit: "Dieu m'a accordé aujourd'hui un si grand bienfait, que le ciel et la terre ne sont rien en comparaison"» (Pr IX,10).
        Ici, aux yeux de soeur Françoise, Claire apparaît encore investie de la lumière d'en-haut, avant de recevoir l'Hostie qui avait paru d'abord sous la forme d'un enfant très beau. Dans cette vision et dans les paroles mêmes de la sainte, on retrouve une profonde réalisation symbolique de ce que Claire enseignait, particulièrement dans sa 3e lettre à Agnès. Faisons un simple parallèle:
 

Témoignage de Françoise:

«Il lui sembla que le Corps du Seigneur
était un très beau petit enfant.
La Mère le reçut
avec beaucoup de dévotion...

Claire dit: Dieu m'a accordé
aujourd'hui un si grand bienfait
que le ciel et la terre
ne sont rien en comparaison."»

3e Lettre.

«De même que la glorieuses Vierge
des vierges l'a porté matériellement,
de même toi aussi, tu peux toujours
le porter spirituellement
dans un corps chaste et virginal
 ...contenant Celui par qui toi et
toutes choses sont contenues (v.26)
Par la grâce de Dieu, l'âme fidèle
est plus grande que le ciel, puisque
les cieux ne peuvent contenir le
Créateur, et seule l'âme fidèle
est sa demeure et son siège.» (v.21-22)

        De ce mystère marial de l'Enfance qui a profondément été contemplé par la vierge d'Assise, Jean-Paul II écrira: «Elle (Claire) ne se rend pas même compte que son coeur de vierge consacrée et de "vierge petite pauvre", attachée au Christ pauvre, devient, par la contemplation et la transformation, un berceau du Fils de Dieu.» 25

        Icône mariale, comme la Vierge de Vladimir du XIIe siècle, Claire apparaît aux yeux de ses soeurs et à nos yeux, parfait miroir de la vie de Marie.

- Claire, icône de la compassion

    La même réalité mariale se retrouve dans la contemplation et la vie quotidienne de Claire. Elle contemple la pauvreté de Dieu manifestée en «la pauvreté et l'humilité de son Fils bien-aimé et de la glorieuse Vierge, sa Mère» (Test 46; RCl 12,13).

        Chaque pas de son quotidien la conduit à demeurer davantage en ce mystère de «labeur sans nombre et de peines», où le Fils de Dieu revit en elle, Claire, sa Passion (4L 22). En méditant «les tourments de sa mère se tenant sous la croix» (L Erm 12), Claire continue en elle-même la sainte compassion de la Mère de Dieu, ici et maintenant.

        La réalité totale de la vie de Marie est entièrement consacrée à celle de son Fils. Sa disponibilité était telle que nulle situation pénible ou heureuse ne pouvait détacher son regard intérieur de sa sollicitude pleine d'amour pour son Fils. La vie contemplative menée par Claire et ses soeurs se voulait très près de cette totale disponibilité de la "servante du Seigneur". Non une vie centrée sur leur propre paix, qu'elle soit intérieure ou extérieure, mais un service de tous les instants: «Soyez fortifiée dans le saint service commencé avec le désir ardent du Pauvre crucifié qui, pour nous, supporta la passion de la croix» (1L 13-14).

        Un texte très éclairant du Cardinal Jean Daniélou illustre le propos de la vie même de Claire, comme celle de ses soeurs, de Marie la très sainte, et de tous les vrais disciples de Jésus, le Fils de Dieu. Voici ce qu'il écrivait: «Il faut nous rappeler que se donner à Dieu, même dans une vie contemplative, ce n'est pas chercher la paix, mais au contraire, aller au plus épais de la guerre. Ceci ne veut pas dire bien sûr que [le disciple] ne trouve la paix au milieu de tout cela, précisément ce que l'Écriture appelle "la paix qui dépasse tout sentiment" (Ph 4,7). Mais cette paix est parfaitement compatible avec le poids des angoisses, des souffrances qui sont celles de la misère du monde aujourd'hui et que [le disciple] accepte de porter en plénitude. Jamais il ne faut que, pour nous, suivre Dieu, soit chercher notre petite paix intérieure si c'était une manière de nous séparer de la misère du monde. Suivre le Christ, ce ne peut jamais être qu'assumer davantage la misère des hommes: ce ne peut être moins les aimer.» 26

        Réalité chrétienne. Claire nous la rappelle dans son Testament. Chemin étroit, choisi, privilégié parce que Jésus et sa Mère y ont marché de préférence. «Parce que resserrés sont la voie et le sentier, et qu'étroite est la porte par laquelle on va et on entre dans la vie, peu nombreux sont ceux qui marchent et entrent par elle. Et si quelques-uns y marchent pour un temps, très peu y persévèrent. Mais bienheureux ceux à qui il est donné d'y marcher et de persévérer jusqu'à la fin. Prenons donc garde, si nous sommes entrées dans la voie du Seigneur, à ne jamais nous en écarter en aucun temps, par notre faute et par ignorance, afin de ne pas faire injure à un tel Seigneur, à la Vierge sa Mère, à notre père bx François, à l'Église triomphante et même militante» (Test 71-75).

        Claire, à l'instar de Marie, se tient sous la croix «l'amante passionnée du Pauvre crucifié auquel elle veut absolument s'identifier.» «Oui, assure encore Jean-Paul Il, «Claire et ses soeurs avaient un coeur grand comme le monde: en contemplatives, elles intercédaient pour toute l'humanité. Ces âmes sensibles aux problèmes quotidiens de chacun, savaient se charger de toute peine: il n'y avait pas de préoccupation, de souffrance, d'angoisse, de désespoir chez autrui qui ne trouvât un écho dans leur coeur de femme de prière. Persuadée qu'il ne peut y avoir de vie apostolique qui ne soit pas plongée dans le côté transpercé du Christ crucifié, elle écrivait à Agnès, avec les mots de saint Paul: "Je te considère comme aide de Dieu-même, comme le soutien et le réconfort des membres abattus de son Corps ineffable» (3L 8; Rm 16,3). 27

- Claire, «couronnée avec la Vierge Reine»

        Les derniers jours de Claire, nous l'avons vu, sont illuminés par la présence de Marie, la Reine précédant le Roi de gloire, mais aussi la Vierge des vierges qui reconnaît en l'humble petite pauvre d'Assise l'épouse parfaite de son Fils. Benvenuta nous fait revivre ce moment où dans une vision, elle aperçoit «celle qui semblait la première [des vierges] et la plus belle qui s'approche du lit de Claire mourante, y jette dessus une gaze si fine, si transparente...». Est-ce le symbole de la transparence de la vie de Claire que Marie veut souligner aux yeux de ses soeurs? Il semble plutôt que la Vierge Marie répond au souhait de Benvenuta qui, avant la vision, «se représentait tout spécialement notre glorieuse Dame, la bénie Vierge Marie préparant des vêtements pour revêtir [Claire]...» (Pr XI,4).

        L'évocation de "reine" aux côtés du Roi céleste prend encore le relais glorieux de l'Assomption de Marie. Partout, dans ses lettres, Claire évoque la grandeur de cette réalité comme l'heureuse éclosion d'un grand amour envers le Pauvre crucifié. Ainsi, parmi d'autres passages: «Telle est cette perfection par laquelle le Roi lui-même t'associera à lui dans la céleste chambre nuptiale où il siège glorieux» (2L 5). «Ainsi, s'exclame encore Jean-Paul Il: «le dur lit de la Croix, devient le doux lit de noces...», et il ajoute: «Cloîtrée dans le monastère de Saint-Damien, dans une vie marquée par la pauvreté, les difficultés, les tribulations, la maladie, mais aussi par une communion fraternelle si intense que le langage de la Forme de vie la nomme "sainte unité", Claire connaît la joie la plus pure dont il ait jamais été donné à une créature de faire l'expérience: celle de vivre dans le Christ la parfaite union des Trois Personnes divines, entrant presque dans le circuit ineffable de l'amour trinitaire.» Jusque dans l'éternité, Claire d'Assise partage donc l'exultation de Marie puisqu'elle a spirituellement tout partagé avec elle ici-bas. «Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Il s'est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse» (Lc 1,47-48).

2) MARIE, VIERGE PAUVRE, et la Forme de vie des Soeurs Pauvres

        Dès le Prologue de la Forme de vie, nous voyons se profiler l'exemple de Marie associée à son Fils comme miroir permanent offert à la contemplation des Soeurs Pauvres. C'est l'Église elle-même, ici, qui confirme cette forme de vie: «Filles bien-aimées en Christ, suivant les traces du Christ lui-même et de sa très sainte mère, vous avez choisi de servir le Seigneur dans la souveraine pauvreté» (Prologue de la Règle).
        La fondatrice y revient en insérant au coeur de la Règle la lettre de François, ce billet qui n'a cessé d'inspirer leur manière évangélique de vivre: «Moi, frère François, tout petit, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre très haut Seigneur Jésus Christ et de sa très sainte Mère, et persévérer en cela jusqu'à la fin. Et je vous prie, mes dames, et je vous donne le conseil de vivre toujours dans cette très sainte vie et pauvreté» (RCl 6,7-8).

        L'autorité de Claire appuie celle de François au chapitre 8 et encore à la fin de la Forme de vie. Au chapitre 8, la sainte modifie au féminin la propre règle de François en y ajoutant l'honneur dû au nom de Marie, comme sa part: «Totalement attachée à la très haute pauvreté, soeurs bien-aimées, pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ et de sa très sainte mère, veuillez ne posséder à jamais rien d'autre sous le ciel»(RCl 8,6).
        À la fin, la sainte législatrice reprend toute la Forme de vie dans une synthèse: « ... afin que toujours soumises et prosternées au pied de cette même sainte Église, stables dans la foi catholique, nous observions perpétuellement la pauvreté et l'humilité de notre Seigneur Jésus Christ et de sa très sainte Mère, et le saint Évangile que nous avons fermement promis» (RCl 12,13).

Une image qui revient souvent dans la Vie primitive au sujet de la Forme de vie des Soeurs est celle de la naissance pauvre de Jésus. Ce mystère évangélique informe même la manière extérieure d'exprimer l'observance au sujet des bâtiments et des vêtements des soeurs: «Elle (Claire) les exhortait à imiter dans leur petit nid de pauvreté, le Christ qui avait été pauvre, et que sa mère, pauvre elle aussi, avait couché, nouveau-né dans une crèche étroite. C'était ce souvenir de la pauvreté du Christ qu'elle entretenait constamment en elle» (Vie 8,13).

        La même vision évangélique, signe du "bon commencement" permanent, était déjà présent au début de la Règle: «Par amour de L'Enfant très saint et très aimé, enveloppé de pauvres petits langes, couché dans une crèche, et (par amour) de sa très sainte Mère j'avertis, je supplie et j'exhorte mes soeurs qu'elles se vêtent toujours de vêtements vils» (RCl 2,24).

        Ainsi, la vocation de Claire et de ses filles est soutenue par l'identification évangélique à la Mère de Dieu, icône de leur vie pauvre. Le conseil orienteur de la sainte fondatrice, dans sa 3e lettre, devient la forme de leur vie: «Attache-toi à sa très douce mère» (3L 18). En revivant dans leur vie tous les mystères vivants de la Mère de Dieu, elles sont certaines d'entrer parfaitement dans les «mystères de Dieu seul» (Vie 22,36), là où Marie les conduit: de la crèche à la passion, de l'assomption à la vision glorieuse, demeurant toujours avec elle "servante du Seigneur", "filles du Père céleste", "épouses du Saint Esprit", "mère et soeur de notre Seigneur Jésus Christ", puisqu'elles sont vierges d'un seul amour, celui, incommensurable, de la Vierge des vierges, Marie, Mère de Dieu.

        Le mystère quotidien de la Liturgie qui les nourrit, leur rappelle constamment cette épiphanie de leur vocation ecclésiale.

B) L'ETRE-FEMME dans la vision clarienne

1) L'humanité devant Dieu

        L'humanité dans l'Écriture, de la Genèse à l'Apocalypse, porte souvent les traits d'une femme (Gn 3,15; Ap 12): c'est là le mystère humain proposé à la méditation de l'Église. Concrètement, ceci veut signifier que, dans sa relation à Dieu, toute âme humaine, homme ou femme, est appelée à une attitude d'humble et libre accueil de la grâce dont la féminité de l'humble "concevante", Marie de Nazareth, est la réalisation parfaite. Mais toute femme aussi porte, inscrit dans son corps, ce signe.

        Dans les écrits de Claire d'Assise, le coeur humain, dans sa relation à Dieu, apparaît homme ou femme. L'altérité se constate avec, cependant, un regard féminin, puisque Claire est ontologiquement femme. Ce regard cependant reste universel puisqu'il contemple le "MIROIR", le Fils unique de Dieu en qui se concentre l'Humanité devant Dieu et le Mystère parfait de l'Alliance humano-divine.

        La sollicitude et le respect divins que Dieu manifeste envers sa créature sont exprimés souvent par la sainte sous l'image des épousailles, du mariage. Dans cette union tout à fait unique et pleine d'amour, Dieu restaure admirablement la richesse d'humanité de sa créature. Il la transforme et lui confère le resplendissement de sa propre gloire afin qu'elle soit plus apte à rendre gloire à Celui qui l'a faite dès l'origine, dès avant les siècles, nous révèle l'Apôtre: «Il nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde.» Et il ajoute: «Le Christ s'est livré pour l'Église afin de la sanctifier..., car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sainte, immaculée» (Ép 1,3-4; 5,25-27).

        Sous le signe de la virginité du coeur et du corps, Claire discerne le monde nouveau, les créatures transformées dans leur unique vocation d'épouses de Dieu, partageant sa divinité dans la splendeur de leur humanité, comme Dieu, lui qui, dans son Fils, et par l’effet d’un amour infini, incomparable, a voulu partager notre humanité jusque dans sa faiblesse, lui conférant la splendeur de sa divinité. C'est la conséquence de l'Incarnation en son merveilleux mystère, tel que Jean la représente à nos yeux chrétiens: «De sa plénitude, nous avons tous reçu.» (Jn 1,18).

        Le mystère de la passion, de la croix victorieuse, est le lieu de cette restauration universelle et ce qui fonde la vie chrétienne dans sa totalité. Claire ne cesse de le proclamer par tous ses écrits et par toute sa vie. Nulle vie humaine ne parvient à sa maturité sans être plongée dans ce mystère de réconciliation avec Dieu car, écrit Claire; «pour nous tous il [le Pauvre crucifié] supporta la passion de la croix, nous arrachant au pouvoir des ténèbres, dans les liens desquels nous étions liés à cause de la transgression de notre premier parent, et nous réconciliant avec Dieu» (1L 14). Le sens profond de la pauvreté chez la sainte a pour but de faciliter dès maintenant, aujourd'hui, en ce monde, cette heureuse transformation dans la charité de Dieu.

L'humanité personnalisée:

        Ce don de Dieu fait à l’humanité, Claire, dans ses écrits, le concentre souvent dans l'être humain, la personne concrète qui l'accueille. Ses lettres reprennent le mystère de l'Incarnation et l'actualisent dans la personne d'Agnès. Elle est cette humanité que Dieu épouse: «Exulte beaucoup et réjouis-toi, remplie d'une immense joie et d'une allégresse spirituelle parce que, tu peux être appelée soeur, épouse et mère du Fils du Père très haut et de la glorieuse Vierge» (1L 21-24). Dans sa 2e Lettre, elle utilise une expression très concise qui résume ce mystère d'alliance entre Dieu et l'humanité: «Vierge pauvre, embrasse le Christ pauvre!» Et elle continue en actualisant ce don ici et maintenant, comme si Agnès était seule au monde: «Vois que pour toi, il s'est fait méprisable et suis-le, te faisant pour lui méprisable en ce monde. Regarde, considère, contemple, désirant imiter ton Epoux, le plus beau des fils des hommes qui, pour ton salut s'est fait le plus vil des hommes» (2L 18-20). Et encore: «Si tu souffres avec lui, avec lui, tu régneras, t'affligeant avec lui, avec lui tu te réjouiras» (2L 21).

        Le sommet de cette personnalisation du don fait à l’humanité est atteint dans la 3e lettre où Agnès est comparée directement à la nouvelle Ève, avec l'invitation pressante de partager, par la transformation, la divinité du Christ, la tête du Corps: «Je te considère comme une auxiliatrice de Dieu même, et celle qui soulève les membres défaillants de son Corps ineffable.» «Pose ton coeur sur l'effigie de la divine substance, et transforme-toi tout entière, par la contemplation, dans l'image de sa divinité» (3L 8.12-13).

        Cette personnalisation reçoit son appui de l'Évangile, surtout du mystère féminin de Marie, la Vierge-Mère, archétype de l'âme humaine aimante où Dieu trouve sa demeure en permanence (2L 15-17).

Dans la personnalisation: l'universel

        Dans cette plongée personnelle du regard contemplatif, l'âme humaine retrouve l'universalité du salut, dans sa relation avec tous. La sainte d'Assise nous l'affirme avec sûreté. Relisons ce passage admirable de la 4e Lettre où l'épouse, au nom de l'humanité tout entière communie au mystère du don divin dans sa charité ineffable: «Au milieu du Miroir, considère l'humilité, la pauvreté, les labeurs sans nombre et les peines qu'il supporta pour la rédemption du genre humain. Et à la fin de ce Miroir, contemple l'ineffable charité par laquelle il a voulu souffrir sur le poteau de la croix et mourir là du genre de mort le plus honteux de tous. Aussi ce Miroir, posé sur le bois de la croix, avertissait lui-même les passants de ce qu'il fallait considérer là: 0 vous tous, qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est une douleur comme ma douleur! Alors, répondons d'une seule voix, d'un seul esprit, à Celui qui crie et se lamente: - Dans ma mémoire, je me souviendrai, et mon âme en moi se liquéfiera» (4L 22-26). De la multitude qui contemple le Miroir, une seule âme répond, celle de l'épouse qui rassemble en elle le mystère obscur de cette multitude. Du même élan, Claire invite sa correspondante à entrer dans les noces divines, en la situant en Église: «Entraîne-moi derrière toi, nous courrons vers l'odeur de tes parfums, Époux céleste» (4L 30).

        Certes, Claire, parce qu'elle est femme, peut utiliser ces symboles et les comprendre du dedans. Pourtant, ces symboles évoquent des réalités existentielles très profondes qui engagent l'âme chrétienne dans une grande responsabilité. La responsabilité personnelle d'une collaboration actuelle, quotidienne avec Dieu.

        2) L'être-femme, dans les écrits de Claire d'Assise

        Dans ses écrits spirituels: Lettres, Règle, Testament, et Bénédiction, Claire s'adresse à des femmes "soeurs et filles" selon son expression. Ses communications écrites sont donc un lieu privilégié où nous pouvons recevoir le reflet de ce «clair miroir offert au monde» (Bulle de Can.2) qu'a été sa vie: femme accomplie à tous points de vue, surtout celui de la grâce qui l'a transformée, même dès ici-bas.

        Mes réflexions s'appuieront en partie sur les conclusions des recherches actuelles concernant l'être humain féminin. Beaucoup d'aspects restent encore à découvrir, mais des éléments communs apportent déjà leur part d'éclaircissements. Femme et homme sont un profond mystère d'existence, parce qu'ils participent l'un et l'autre au mystère du dessein éternel de Dieu sur l'un et l'autre. «Vocation divine», écrira Claire, non sans raison, ni sans conséquences.

        Trois aspects, dans les écrits de Claire, apparaissent liés à son être féminin,
dans son cheminement spirituel vers Dieu:
        a)         La femme: être relationnel
        b)         le "souci" féminin
        c)         l'intériorité du coeur.
___________________________________

        a)         La femme: être en relation

        «La femme est-elle l'être le plus parfait?» se demandait un philosophe allemand (Kampmann). Il se répond aussitôt: «Je crois du moins qu'elle est l'être le plus humain.» Léon Bloy affirme pour sa part: «Plus une femme est sainte, plus elle est femme.» Quant à Gertrud von Lefort, dans son petit livre consacré à l'étude du mystère de la femme, elle conclut: «Partout où la femme est le plus profondément elle-même, elle n'est plus elle-même, mais elle est offerte.» Sa vision de la femme rejoint l'attitude quasi maternelle du Fils de Dieu manifestée par sa miséricorde: «Ayant aimé les siens, il les aima jusqu'au bout», assure saint Jean(Jn 13,1). Et Paul ajoutera: «Il s'est vidé de lui-même...» (Ph 2,17). Ainsi la femme dans son don plus particulièrement féminin est-elle un don relationnel, un don qui s'oublie, décentré de soi pour l'Autre (Dieu), et l'autre (le prochain). En ce sens, Olivier Clément, théologien orthodoxe, concluait: «Tout être humain, qu'il soit homme ou femme, est appelé à une certaine virilité par rapport à sa nature, mais à une certaine féminité dans sa relation à Dieu et au prochain.» 33

        Ainsi nous apparaît l'invitation pressante de Claire d'Assise dans ses lettres et dans l'exemple de sa vie. Elle oriente sans cesse ses soeurs vers l'accomplissement de leur vocation relationnelle, en ce Dieu pauvre qui le lui a appris. Responsabilité, sollicitude d'un amour oblatif né d'un coeur pauvre.

        Claire nous apparaît comme un être profondément relationnel. Ses lettres décrivent et transmettent l'état d'une soeur pauvre ontologiquement appelée dans son être de femme à favoriser la Vie, celle de Dieu même, dès ce monde-ci. Sa disciple, elle la reconnaît comme «dame extrêmement vénérable, parce que vous êtes épouse et mère, et soeur de mon Seigneur Jésus Christ» (1L 12.24). Et encore: «O mère et fille, épouse du Roi de tous les siècles!» (4L 4). L'accent de ses écrits évoque souvent, avec délicatesse et précision le lieu de cette relation: l'intériorité du coeur. Comme le sein de la "mère", la soeur pauvre réalise sa maternité dans un amour attentif, fidèle, "soucieux", mettant au monde la réalité de l'Église, peuple de Dieu, le «corps ineffable» (3L 8).

        Cette réalité de "mère" s'actualise véritablement dans la "maternité spirituelle". Claire d'Assise en tant que fondatrice en a une très vive conscience. Cette maternité n'est pas réservée à la fondatrice mais se communique à chaque soeur pauvre; c'est un don de charité mutuelle manifestée entre soeurs présentes et futures:
        «Que le Seigneur vous donne la paix, à vous mes soeurs et filles et à toutes les autres qui vont venir et demeurer dans         votre communauté, et aux autres encore, tant présentes qu'à venir, qui persévéreront jusqu'à la fin dans tous les autres         monastères de Pauvres Dames. Moi Claire, votre soeur et votre mère et celle des autres soeurs pauvres, quoique  in-        digne, je prie notre Seigneur Jésus Christ par sa miséricorde et par l'intercession de sa très sainte Mère, sainte Ma-         rie..., que le Père céleste lui-même vous donne et vous confirme sa très sainte bénédiction au ciel et sur la terre; sur la         terre, en vous multipliant dans sa grâce et ses vertus, parmi ses serviteurs et ses servantes dans son Église militante; et         au ciel, en vous exaltant et en vous glorifiant dans l'Église triomphante parmi ses saints et saintes.
        Je vous bénis... de toutes les bénédictions dont une mère spirituelle a béni et bénira ses fils et filles spirituelles. Soyez         toujours les amies de vos âmes et de toutes vos soeurs» (Bén).

        La Bénédiction de Claire d'Assise manifeste un tel réseau de relations que l'on pressent déjà dans le texte même le mystère de communion qu'est la vie divine : transparence, don, amour, partage, dans la pauvreté et l'humilité bienheureuse de Dieu avec tous ses saints, l'humanité nouvelle.

        Cette maternité spirituelle, à laquelle Claire convie, repose sur un fondement humain si solide, si véritable qu'il est le premier devoir des soeurs entre elles, selon la législation commune de François et de Claire: «Si une mère chérit et nourrit sa fille charnelle, avec combien plus d'affection chaque soeur ne doit-elle pas chérir et nourrir sa soeur spirituelle!» (RCl 8,16). Plus qu'un devoir, c'est le lieu mutuel du pardon et du soutien où elles peuvent réaliser au mieux leur être féminin pour le bien de l'Église et de l'humanité.

        b) Le "souci" féminin

        «Le monde féminin est celui du souci, comme le monde masculin est celui du travail.» (Buytendijk)34 Et le même auteur explique en quel sens positif il faut entendre ce "souci" lequel, partagé par l'homme, est cependant très particulièrement féminin. «Le monde du souci est celui de la valeur. Son objet est avant tout l'humain. Le souci authentique met nécessairement en présence sur le mode du "nous" (la relation), appel du coeur au coeur, recours réel à la liberté et donc à l'accomplissement de l'être humain. Le souci est un acte de confiance qui vise la forme la plus haute de coexistence humaine, celle de l'amour désintéressé. Le souci a toujours une influence formatrice.»

        La relation à Dieu et à ses soeurs se manifeste particulièrement chez Claire d'Assise par l'expression habituelle du "souci", d'une sollicitude tant humaine que spirituelle. L'écrit de son Testament nous le montre presque à chaque avancée du texte: souci de l'amour mutuel, de la vocation commune, de la bonne renommée de la communauté, de l'observance amoureuse du Privilège de la Pauvreté si souvent redemandé aux Papes, souci de rendre honneur, par une sainte vie, au Seigneur Jésus Christ et à sa très sainte Mère. Jusque dans le vocabulaire, nous percevons la justesse de ce "souci" qui doit demeurer permanent après la mort de la fondatrice. Tout doit favoriser la croissance d'une telle vocation. «Avec quelle sollicitude et avec quelle application de l'esprit et du corps devons-nous garder les commandements de Dieu et de notre père afin de rendre, avec l'aide du Seigneur, le talent multiplié» (Test 18).

        Cette même sollicitude se reconnaissait aussi dans l'attitude de François envers sa «petite plante», ses soeurs: «Ému de pitié à notre égard, il s'obligea vis-à-vis de nous à avoir toujours, par lui et par son Ordre, un soin affectueux et une sollicitude spéciale pour nous comme pour ses frères.» Et Claire ajoute plus loin: «... lui aussi, tant qu'il vécut fut soucieux de toujours, en parole et en acte, bien nous cultiver et nous encourager, nous sa petite plante» (Test 29.49). François est vu par Claire dans sa dimension "féminine" d'affection et de soin attentifs.

        Mettant à nu son "souci", la sainte Mère n'hésite pas à le communiquer à ses soeurs et filles: «Moi-même, je me suis toujours appliquée et je fus toujours soucieuse d'observer et de faire observer par les autres la sainte pauvreté que nous avons promise au Seigneur... Bien plus, pour plus de précautions, je fus soucieuse de faire renforcer notre profession de la très sainte pauvreté, par des privilèges du seigneur pape..., afin qu'en aucun moment nous ne nous écartions d'elle» (Test 40-43). Certes, le souci préventif de Claire rencontre la parole évangélique de la confiance au Père céleste. Il s'en nourrit pour reprendre le chemin de la béatitude, chaque matin. «Ne vous inquiétez de rien, votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin» (Mt 7). C'est la base de leur vie, inscrite au coeur du Privilège de la Pauvreté (v.6). La sainte le reconnaît dès le début de son testament: «ces bienfaits que nous recevons chaque jour de notre donateur, le Père des miséricordes» (Test 2). Cependant, animant cette confiance, il y a le don mutuel d'un souci commun, d'une providence maternelle entre soeurs. Dans les relations entre «celle qui a l'office des soeurs» (l'abbesse) et les soeurs, et celles-ci entre elles, circule ce "souci" vivifiant qui favorise l'épanouissement total de leur «vocation divine».

        c)         L'intériorité féminine de l'amour chrétien

        Un penseur contemporain (Buytendijk) écrit: «Si nous avons rencontré le mystère de l'amour le plus noble et le plus désintéressé dans la beauté spirituelle de la femme âgée et sereine, nous avons touché du même coup le sens de l'existence féminine elle-même. Aussi, c'est dans la sereine dignité de la femme âgée que se révèle le mystère de la transcendance du monde.» 35

        De tels propos nous aide à apprécier la figure si noble et attirante de Claire d'Assise. Femme âgée dans la pleine maturité de son humanité reçue chaque matin comme un don, elle nous communique encore aujourd'hui le reflet de son enthousiasme, de sa jeunesse d'âme, de son heureux accueil de la vie. Son cri d'amour et de louange révèle la vie féminine dans sa pure beauté: «Béni sois-tu, Seigneur de m'avoir créée!»(Pr III,20). Oui, elle est celle qui a été refaite sans cesse par la contemplation du Miroir sans tache (4L 14), le Christ pauvre et humble. «Ses écrits sont tellement marqués par l'amour que suscita en elle son regard ardent et prolongé sur le Christ Seigneur, qu'il n'est pas facile de redire ce dont seul un coeur de femme a pu faire l'expérience», constate Jean-Paul II, dans sa lettre aux Clarisses.

        Le point d'appui intérieur de Claire d'Assise c'est son Dieu, c'est l'amour divin qui l'établit dans une humanité réaliste et actuelle, entre le souci-sollicitude d'une charité brûlante (4L 5) et la confiance totale en Celui qui peut tout et qui l'habite: «Celui qui t'a créée t'a aussi sanctifiée; il a mis en toi son Esprit Saint et t'a toujours regardée comme une mère regarde son enfant qu'elle aime» (Pr III,20). Être pleinement humaine, être femme, Claire l'est grâce à cette présence en elle de "Dieu-mère". La "maternité divine" se personnifie en Claire comme elle s'est personnifiée en Marie sous l'action de l'Esprit Saint. Chef-d'oeuvre de grâce que toute femme est appelée secrètement, profondément à vivre en son corps, son coeur, son esprit. Mystère de gratuité qui se réalise dans l'accueil vigilant d'une virginité maternelle féconde.

CONCLUSION:         «Celui qui t'a créée, t'a aussi sanctifiée» (Pr III,20).

        Ce long périple à travers la pensée "clarienne" nous conduit à une vive conscience de la présence agissante de la grâce divine dans le coeur humain. L'expérience émerveillée de la sainte d'Assise assure notre conclusion. De son vécu, elle perçoit globalement et universellement le cheminement spirituel chrétien. Du commencement de son existence, et particulièrement de sa suite du Christ, jusqu'à la transformation et l'union, l'âme du fidèle, profitant au mieux de l'obscurité de sa foi quotidienne, est sanctifiée par la lumière divine du Dieu saint. Ce pourquoi, affirment la Parole et l'Église, notre existence humaine a été voulue par Dieu.

        Vocation divine du coeur humain fait pour Dieu. De cette vérité évangélique enseignée et vécue par l'Église, Claire en transmet la lumière d'une façon simple, lumineuse, à la portée de tous, manifestant par sa vie et son enseignement la portée mystérieuse, médiatique de toute vie humaine, possédée par la grâce, capable de contenir Dieu et de lui rendre grâce. Notre pasteur, Jean-Paul II, le soulignait lui-même, à l'occasion de sa lettre du 8e Centenaire: «En réalité, toute la vie de Claire fut une eucharistie car, tout comme François, elle élevait depuis sa clôture une continuelle action de grâces à Dieu par la prière, la louange, la supplication, l'intercession, les pleurs, l'offrande et le sacrifice. Elle accueillait toute chose et l'offrait au Père en union avec le merci infini du Fils unique, enfant, crucifié, ressuscité, vivant à la droite du Père.»

        Mère spirituelle, Claire enseigne et s'appuie, du début à la fin, sur "le toucher" efficace de la grâce divine si souvent rappelée dans ses écrits , cette grâce qui est «opération de l'Esprit Saint», celle que l'on doit «désirer par-dessus tout» (RCl 10,10).

        Accueillir comme Marie la Bonne Nouvelle de la Pauvreté évangélique, qui éclaire et accomplit la vocation du coeur humain, c'est s'offrir à «Celui par qui tout a été fait de rien» (3L 7). Tout est possible en Lui, dès lors que nous apprenons, par sa grâce, le don de nous-même à l'école de Dieu, en son Fils, don parfait de Lui-même. Pauvreté, humilité divines du Don réciproque de l'Amour! Telle est l'Éternité, déjà, dès cette vie.
 

«La VÉRITÉ le dit:
Celui qui m'aime, mon Père l'aimera,
et moi aussi je l'aimerai,
et nous viendrons à lui
et nous ferons chez-lui notre demeure» (3e Lettre)

 BIBLIOGRAPHIE
                                                    

Sources et livres consultés

CLAIRE D'ASSISE, Écrits. Coll. Sources chrétiennes # 325, Éd. Cerf
FRANÇOIS D'ASSISE, Écrits. Coll. SC # 285, Éd. Cerf
SAINTE CLAIRE D'ASSISE, Documents, Éd. franciscaines
À LA DÉCOUVERTE DE CLAIRE D'ASSISE,
Concordances, tomes 1-11-111-IV, Éd. Clarisses de Nantes.
Soeur Marie-Aimée du Christ, REGARDS SUR CLAIRE D'ASSISE, Éd. du Signe 1991,
René-Charles Dhont, CLAIRE PARMI SES SOEURS, Éd. Franc.
M. Bartoli, CLAIRE D'ASSISE, Éd. Fayard 1993
B. Purfield, REFLETS DANS LE MIROIR, Éd. franciscaines, Paris 1993
SAINTE CLAIRE D'ASSISE ET SA POSTÉRITÉ, Actes du Colloque, UNESCO, 1994
Sr Claire-Marie Ledoux, INITIATION À CLAIRE d'ASSISE, osc Éd. du Cerf 1996
Charles-A.Bernard, s.j. TRAITÉ DE THÉOLOGIE SPIRITUELLE, Coll.Théologies, Éd. Cerf,1986.
Charles-André Bernard, THÉOLOGIE SYMBOLIQUE, Éd. Téqui, 1978.
Jean Daniélou, DOCTRINE SPIRITUELLE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE, Coll. Théologies, Aubier, Éd. Montaigne.
Grégoire de Nysse, LES BÉATITUDES, Coll. Les Pères dans la foi, Éd. DDB
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Grégoire de Nysse, VIE DE MOÏSE, SC # 1 , Éd. Cerf
LE CANTIQUE DES CANTIQUES, d'Origène à Bernard, Coll. Les Pères dans la foi, Éd. DDB
Origène, HOMÉLIE SUR L'EXODE,SC # 16, Éd. Cerf
HOMÉLIE SUR LES NOMBRES, Origène, SC # 29, Éd. Cerf
HOMÉLIE SUR LE CANTIQUE, Origène, SC # 37, Éd. Cerf
LE MIROIR DE LA FOI, Guillaume de St-Thierry, SC # 301, Éd. Cerf
EXPOSÉ SUR LE CANTIQUE, Guillaume de St-Thierry, SC #82, Éd. Cerf
LETTRE AUX FRÈRES DU MONT-DIEU, Guillaume de St-Thierry, SC 223, Éd. Cerf
TRAITÉ DE LA CONTEMPLATION DE DIEU, Guillaume de St-Thierry, SC # 61
L'ÉCOLE: DU CLOÎTRE, Pierre de Celle, SC #240, Éd. Cerf
SERMONS, Guerric d'Igny, SC #166 et 202, Éd. Cerf
OEUVRES SPIRITUELLES, Diadoque de Photicé, SC #5, Éd. Cerf
LA CANTATE DE L'AMOUR, Lecture suivie du Ct, Blaise Arminjon, s.j. Éd. Desclée et Bellarmin
LA FEMME ET LE MYSTÈRE DE L'ALLIANCE, G. Honoré-Lainé, Coll. Épiphanie, Éd.Cerf 1985
LE PÈRE, DIEU EN SON MYSTÈRE, F.X. Durrwell, Coll. Théologie, Éd, Cerf 1987,
ESSAI D'ANALYSE SYMBOLIQUE DES ADMONITIONS DE S. FRANÇOIS D'ASSISE,
Pierre Brunette, Éd. Montréal 1989
ESSAI SUR LA THÉOLOGIE MYSTIQUE DE L'ÉGLISE D'ORIENT, V. Lossky, Coll. Foi vivante

Collectanea cisterciensia:

Tome 46- 1984-3: Caractère de l'expérience spirituelle selon la "Lettre aux Frères du Mont-Dieu", de Guillaume de St-Thierry, par Anselme Baudelet.
Tome 48-1986-2: Le mariage spirituel dans les Sermons de saint Bernard sur le Cantique,
par Raffaele Fasseta.
Tome 36- 1974-1: Langage mystique, expression du désir, par Jacques Blanpain.
La lettre d'or, de Guillaume de St-Thierry, Ascension mystique et incarnation, par C. J. Vogt
Tome 35-1973-3: Cîteaux au XIe siècle, par Lin Donnat
Tome 44-1982-3: Bernard et Origène commentent le Cantique (II), par Luc Brésard.
Tome 46-1984-3: La pauvreté dans le monachisme occidental du IVe au VIIIe siècles
par Adalbert de Vogüe.
Tome 49- 1987-4: Amour et connaissance, par Jacques Delesalle
Tome 50-1988-4: L'abbaye royale de Las Huelgas et la juridiction des abbesses,
par soeur Élisabeth Connor, cistercienne de St-Romuald, Québec.

DICTIONNAIRE DE SPIRITUALITÉ:

- Cantique des Ct, col 86-109, André Cabassut et Michel Olphe-Galliard
- Désir de la perfection, col. 592-604, Albert Dauchy
- Désirs, col. 606-623, Henri Martin
- Divinisation, col. 1389-1422
- Dulcedo, col.1778-1795, Jean Chatillon
- Enfance spirituelle, col. 682-714, Marie-François Berrouard, Charles Bernard.
- Esprit, col. 1233-1246, Louis Cognet
- Esprit-Saint, âme de l'Église, col.1 302-1318, François Vandenbrooke
- Goût spirituel, col. 626-644, Pierre Adnès
- Guillaume de St-Thierry, col. 1241-1263, Jean-Marie Dechanet
- Humanisme et spiritualité, col. 971-989, Jacques-Guy Bougerol
- Image et ressemblance, col, 1401-1434, Paul Lamarche- Aimé Solignac, Robert Javelet.
- Imitation du Christ, col. 1548-1576, Édouard Cothenet
- Inhabitation, col, 1735-1767, Roberto Moretti.
- Innocent III, col, 1767ss
- Liturgie: A. Liturgie et vie chrétienne, J. Gélineau
        B. Liturgie et contemplation Paul Grammont, col, 923-932
- Mariage spirituel
- Marthe et Marie, col, 664-673, Aimé Solignac et Lin Donnat
- Miroir, col 1293-1302
- Oculus, col, 591-601, Aimé Solignac
- Osculum, col, 1012-1026, Aimé Solignac
- Perfection, col, 1074-1156, Simon Légasse, Guerric Couilleau, Karl Suzo Franck, Jean-Claude Sagne.
- Progrès- progressants, col. 2383-2405, Hein Blommestijn
- Mariage spirituel, col. 388-408, Pierre Adnès
- Origène, col. 933-962, Ricardo Sanlès
- Rachel et Lia, col. 25-30, Paul-Marie Guillaume
- Sens spirituels, col. 599-617, Mariette Canèvet
- Toucher, touches, col. 1073-1098, Pierre Adnès
- Union à Dieu, col. 40-61, Michel Dupuy.

DICTIONNAIRE DE LA VIE SPIRITUELLE

- Itinéraire spirituel, S. De Fiores
- Mystique chrétienne, G. Moioli
- Maturité spirituelle, R. Zavalioni
- Symboles, Charles-A. Bernard

GREYFRIARS REVIEW, Vol. 5, 1991, Supplément
A new look at Clare's Gospel Plan of life, Jean-François Godet

Claire et la vie au féminin, Laurentianum, Rome 1990, Jean-François Godet

UN THÉOLOGIEN ET UN MYSTIQUE POUR NOTRE TEMPS: MAURICE ZUNDEL
Documents Épiscopat, Bulletin de la Conférence des évêques de France,
#12, juillet-août 1989.

CLAIRE, Revue "Sources vives" #50 (1993)

LA FEMME, ses modes d'être, de paraître et d'exister. F.J.J. Buytendijk, Desclée de Brouwer, 1967.

LE MINISTÈRE DE LA FEMME DANS L'ÉGLISE. Élisabeth Behr Sigel, Cerf, 1987.

LETTRE AUX CLARISSES, Jean-Paul II: Documentation catholique, # 2079, 1993.

 

TABLES DES MATIÈRES

Préface.................................................................................................................................................... 1
SOMMAIRE........................................................................................................................................... 5
Introduction générale.................................................................................................................................7
HISTORIQUE DES ÉCRITS CONCERNANT SAINTE CLAIRE ........................................................13

PREMIÈRE PARTIE
    JALONS D'UNE BIOGRAPHIE du vécu spirituel de Claire d'Assise ...............................................................15

            TRAVAUX COMPLÉMENTAIRES ...........................................................................................................................................35

DEUXIÈME PARTIE
  LES GRANDES ÉTAPES DU CHEMINEMENT SPIRITUEL
             d'après la vie et les écrits de sainte Claire.
         Introduction: Le chemin spirituel de Claire........................................................................................ 38

        A)         Le "COMMENCEMENT"

                      LE COMMENCEMENT DE LA VOCATION À LA SUITE DU CHRIST.................................................. 40
                      ATTITUDES qui favorisent ce «BON COMMENCEMENT» ................................................................48
                      TRAVAUX COMPLÉMENTAIRES ................................ ...............................................................50

        B)         «L'ACCROISSEMENT» SPIRITUEL

                La "croissance" dans le Nouveau Testament et chez Claire d'Assise ......................................................53
                Claire d'Assise située dans la Tradition spirituelle de l'Église ......................................................................................55
                LA SUITE DU CHRIST intensifie la richesse baptismale des relations .......................................................................56
                LE PROGRÈS dans le chemin de la RESSEMBLANCE ..........................................................................66
                ATTITUDES QUI FAVORISENT «L'ACCROISSEMENT» .....................................................................69
                            TRAVAUX D'INTÉGRATION ..............................................................................................72

    C)           LA PERFECTION DE L'AMOUR

                La «PERFECTION» dans l'Évangile, le NT et chez Claire d'Assise ...........................................................75
                CLAIRE située dans la Tradition mystique de l'Église .....................................................................................................77
                LA SUITE DU CHRIST... VERS L'UNION:
                1) La PERFECTION de la CHARITÉ ..................................................................................................80
                            TRAVAUX COMPLÉMENTAIRES ......................................................................................85
                2) La «TRANSFORMATION dans l'Image de sa Divinité» ....................................................................86
                            TRAVAUX COMPLÉMENTAIRES .....................................................................................102
                3) L'UNION: «le plus heureux baiser» ..............................................................................................104
                4) MARIE ET L'ÊTRE-FEMME
                             dans le cheminement spirituel de Claire d'Assise ...................................................................................................116

    CONCLUSION: «Celui qui t'a créée, t'a aussi sanctifiée.» (Pr III)
                La vocation divine du coeur humain ....................................................................................................129
    BIBLIOGRAPHIE et livres consultés................................................................................................................................................. 130

 

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